Nous avons vu dans la page parent comment concevoir les motivations pour que les personnes se sentent connectées à un projet et pour que l'objectif soit atteint. On y a énuméré des formes de connexion et décrit comment bien les utiliser. Dans les idées de bon design nous avons vu qu'il est bon qu'il y ait un équilibre des gains.
Comment équilibrer les gains des différents intervenants dans un projet ?
L'étude ci-dessous paraitra au premier abord éloignée de la question. Cela vient du fait que l'on montre que le problème local est en fait résolu par le global.
Nous avons vu dans la page précédente que l'argent ne peut pas être la seule motivation, il faut en prendre en compte d'autres tel que la notoriété ou encore le rationnement de ressources limitées. C'est pourquoi dans tout ce qui suit le contexte n'est pas l'argent, mais toutes les formes de connexions. Par exemple quand on parlera de "marché", cela ne se résume pas à n'associer qu'une valeur financière.
Un grand bénéfice de l'économie de marché est un système collectif d'évaluation des valeurs. C'est un système basé sur l'offre et la demande et la liberté des acteurs. On le dit naturel car il suffit qu'il y ait des transactions commerciales libres impliquant de nombreux acteurs pour qu'il existe.
Mais le marché est un mythe, il existe en fait des marchés. Car il existe toujours d'autres structures. Une grande fumisterie de l'idéologie de dérégulation capitaliste est de vouloir minimiser pour la classe dominée tout en maximisant pour la classe dominante une autre lois tout aussi naturelle et bénéfique: la libre association des acteurs du marché.
Ainsi, pendant que la classe supérieure organise la perpétuation de leur domination lors de leurs très fréquentes activités sociales (Davos, clubs privés etc), elle oriente les classes inférieures vers des socialisations distractives en les valorisant (dans leurs médias et industries culturelles) et en opprimant les formes non distractives (syndicats, activistes, politiques de gauche reformatrice).
Il existe de nombreux exemples de toute taille montrant la puissance de l'association d'acteurs pour changer la structure d'un marché. Cela va de l'association de tout un peuple pour changer le fonctionnement d'un pays (révolution) à l'association d'un groupe fortement dominé, voir par exemple SEWA.
Encore faut-il prendre de bonne décisions une fois associés, c'est tout l'objet d'Awakening.
La partie théorique (strate 0 et 1) nous montre que l'évolution fonctionne toujours pareil: à partir d'éléments de base et d'un système de sélection basé sur l'efficacité se crée des assemblages plus efficaces que les éléments séparés. Ces assemblages sont les associations. L'humanité est à une phase décisive: comment associer l'humanité entière de manière efficace, c'est à dire en prenant des décisions de groupe efficaces pour le bien commun à long terme.
Nous allons énumérer quelques gros problèmes sociaux et pour chacun montrer qu'il existe une solution simple par association. Ces solutions sont souvent globales, c'est à dire qu'elles sont simples si l'humanité forme une association globale mais extrêmement compliquées dans le cas contraire.
La libre concurrence ne permet de sélectionner les plus efficaces que si elle n'est pas déséquilibré. Or les ressources terrestres provoquent un déséquilibre, proportionnel à leur importance. De ce fait les pays, plutôt que de chercher l'efficacité dans l'innovation vont chercher la domination et l'accès aux ressources.
Pour éviter cela il faut mondialiser les ressources qui sont manifestement mondiales (comme les minerais). Ainsi, appartenant au monde entier (et géré par un organisme mondial bien sûr), la source de conflit disparaît.
On reconnaît une guerre au fait que l'on induit des destructions chez l'autre mais aussi des auto-destructions pour ne pas perdre. Or nos pays pratiquent beaucoup l'auto-destruction et en regardant les raisons, on arrive souvent à la concurrence entre pays.
Pourquoi cette guerre: Pour le comprendre imaginons un cas extrême et supposons que la Chine soit si efficace et pleine de ressources que tout ce qu'achète le monde entier provienne de Chine. Il s'en suivrait de grands revenus pour la Chine qui accumulerait des devises étrangères, une baisse quasi totale des revenus des autres pays accompagnée d'une chute énorme de leur devises. Au final la Chine aurait toutes les capacités de productions et les autres pays, une fois ruinés devraient repartir comme s'ils étaient un siècles en arrière. La Chine aurait alors tout loisir de conquérir d'autres pays si elle le désirait ou de les contrôler par chantage aux ressources.
Dans notre situation réelle on a les mêmes phénomènes mais en moins marqués.
Un pays dominant le monde est une quasi-obligation dans le système actuel. Car les pays ont de nombreuses relations et cela implique une coordination. Par exemple cela fait des sciècles que la monnaie d'un pays sert de monnaie mondiale (Florin florentin, Réal espagnol, Livre sterling, Dollar américain). En effet, de même qu'il est pratique dans un pays d'avoir une monnaie, on a la même chose entre pays. Avoir sa monnaie comme réserve mondiale offre de gros avantages ce qui diminue grandement l'efficacité de la concurrence. Ce mécanisme sur la monnaie existe aussi dans d'autre domaines. Au final on arrive souvent à un pays servant de "gendarme" (en fait roi) mondial.
Comme pour les guerres totales, la guerre économique n'a pas d'intérêt dans une société mondialisée. Il est évident que l'humanité a une disparité génétique très faible et que nous pouvons changer de valeurs culturelles pour en adopter de plus efficaces. Il n'y a donc pas d'intérêt de remplacer un peuple par un autre. En somme c'est une guerre fratricide.
Tout en gardant des spécificités régionales, nous avons besoin d'une organisation mondiale forte de la société humaine, avec une monnaie servant de monnaie mondiale pour tous les peuples. Bien sûr cela n'est possible qu'avec un système bien plus solide et donc sans autorité. Un exemple d'avancé organisationelle est l'utilisation de crypto-monnaie, car avec elle la création monétaire n'est pas contrôlable par une autorité.
Du fait du risque de tomber dans la précarité les salariés sont en position de faiblesse. Cela permet aux entreprises d'imposer des souffrances aux employés afin d'en extraire le maximum de rendement. Le risque de tomber dans la précarité provient du même risque pour les entreprises: se trouver en déficite si elles ne sont pas assez concurencielles. Les pays, étant en guerre économique, sacrifient de leur avenir et de la qualité de vie de leur peuple pour arriver à se maintenant concurrenciel.
Supposons que l'on ait d'abord résolu les problèmes globaux décrits ci-dessus. Il nous faut aussi prendre en compte une réalité sociale: c'est un gâchis que de laisser tomber des personnes. Imaginons la même chose dans le corps humain: cela équivaudrait à vouloir détruire nos pieds quand nous sommes alités lors d'une maladie sous prétexte qu'ils ne sont plus utiles. Les humains ont une valeur et il faut le reconnaître en fournissant une sécurité de base garantissant de ne pas se trouver en détresse.
En ayant une sécurité minimale on change la relation employé/entreprise. Beaucoup de mesures gouvernementales servent à compenser (salaire minimum, droit syndical etc) la relation déséquilibrée sans s'attaquer au problème lui-même. Il en résulte une pression constante détériorant toujours plus les protections.
Nous avons vu dans les parties précédantes que les problèmes de partage des gains viennent pour beacoup du contexte global toxique. Mais que faire à l'heure actuelle ?
C'est un peu comme si on se demandait comment se comporter en période de guerre. À part à avoir une vision globale d'où l'on va pour développer une morale personnelle il ne me semble pas qu'il y ait de solution.
Le partage des gains dépend énormément du contexte global (voir l'étude). Dans le contexte actuel il n'y a pas de bonne solution, mais dans un contexte future pacifié le partage des gains sera vécu de manière bien plus paisible.