Comment générer les émotions d'une intelligence collective ?
📚 Contexte
Pour créer un mécanisme d'intelligence collective nous avons besoin d'orienter l'esprit collectif en utilisant l'équivalent des émotions. Mais le fonctionnement de la génération des émotions semble subtil et nécessite une étude.
❓ Question
Comment générer des émotions dans une intelligence collective ?
📝 Étude
Contraintes
- Les limites
Les émotions poussent à agir et à dépenser toutes sortes d'énergies. Il faut donc prendre en compte le coût dans la génération des émotions.
- Le conflit
On sait que l'on peut avoir des émotions contradictoires et que cela pose problème quand ce n'est pas résolu. Les personnes dépense en général de l'énergie pour résoudre les contradictions.
Par exemple si une personne que l'on aime a des actions qui nous pousse à ne pas l'aimer, on sera embêté tant que la contradiction sera présente. Une manière de sortir de la contradiction est de mobiliser de l'énergie pour pencher d'un côté et effacer l'autre côté, d'où le très courant "c'était un con/une conne" après la séparation des couples.
Cela nous montre qu'il est important de ne pas laisser pourrir les conflits émotionnels pour préserver l'équilibre mental d'une intelligence collective.
- Les méta-émotions
Par l'exemple du conflit nous avons vu que l'on peut avoir des émotions (de gêne/souffrance en l’occurrence) de part l'existence de certaines situations émotives (la contradiction d'émotions en l'occurrence). Cela nous montre qu'il ne faut pas réduire les émotions à l'utilité sur les actions extérieurs.
- La participation
Nous avons un lien extrêmement fort avec la société dans laquelle nous vivons et cela nous génère des émotions. Il est donc indispensable que toute personne puisse participer à la génération des émotions collectives car l'exclusion serait très douloureuse et déconnectante pour ceux qui la subiraient.
On peut remarquer qu'actuellement le besoin de connexion à la société par l'émotion n'est pas rempli sur la base (la prise des décisions). Des groupes génèrent des émotions collectives, plus ou moins de substitution, sur d'autre plans tels que le sport, la télévision, les évènements artistiques ou encore l'expression d'un mouvement populaire face à des circonstances spéciales (attentats, violence d'État etc).
- La dangerosité
Les émotions font parti des éléments de base de la psyché et connecter les émotions individuelles aux émotions collectives peut s'avérer catastrophique si cela est mal réalisé. On pourra noter par exemple la connexion de la haine aux décisions collectives par les régimes fascistes et leurs conséquences désastreuses.
- La connexion à la réalité
Comme nous l'avons vu dans la question de la motivation, il est nécessaire de relier aux conséquences globales les actions des personnes dans la génération des émotions collectives, et ce en gardant le plus possible les connexions dans les mêmes plans.
Prenons un exemple sur une personne: imaginons qu'elle ait très envie d'aller faire une grande ballade. Elle ressent donc une émotion d'entrain. Plus tard si la ballade s'est bien passée la personne ressentira un bonheur dont une partie proviendra du succès de l'émotion d'entrain. Et ce bonheur permettra de renforcer la représentation de l'aspect bénéfique des ballades. Par contre si la ballade était décevante, il y aura alors un sentiment d'échec relié à l'échec de entrain de départ. Cette énergie négative permet de nous motiver afin de corriger notre représentation de la réalité. Sans cela la personne pourrait commettre la même erreur à répétition.
Cette exemple nous montre que les émotions générées dans notre esprit sont reliées à leurs conséquences et qu'il est bon de faire de même pour un esprit collectif.
- La prise en compte de l'efficacité individuelle
Il semble judicieux de prendre plus en compte les émotions émises par les personnes qui ont un bon score de succès, c'est à dire que par le passé l'énergie qu'elles ont voulu insuffler dans des projets a conduit à un succès.
Il faut toutefois faire attention aux boucles: augmenter le pouvoir d'un groupe ne doit pas entraîner une augmentation du pouvoir de jugement des actions collectives, même par des moyens très détournés.
- L'instantanéité
Si à un moment donné on a de l’enthousiasme à entreprendre une action puis qu'au moment prévu pour l'entreprendre on n'a plus d'émotion nous fournissant l'énergie pour alors on annule.
Par contre si on a entrepris l'action et qu'au milieu de son accomplissement l'émotion de départ a disparu, il faut alors voir si on continue. Pour cela en général on réfléchit pour soit retrouver des émotions nécessaires à la continuation (par exemple "bon je n'ai plus que 30 minutes pour finir et je serais content d’atteindre mon but alors que sinon je serais déçu d'annuler") soit à l'abandon.
Déduction à partir des contraintes
Avertissement: la description faite ici n'est pas le fonctionnement final de l'intelligence collective. Il manque encore toute une partie raisonnement qui sera un garde fou face à des dérives (par exemple leader très suivi et qui a le pouvoir de troubler le jugement de l'éfficacité des actions).
D'après toutes les contraintes listées il parait logique d'avoir les caractéristiques suivantes:
- instantanéité
- Les émotions émises sont des états instantanés. Par exemple la personne règle la position de son enthousiasme à la construction du pont à 8 et le laisse ainsi tant qu'elle ne change pas d'émotion sur le sujet. À tout moment elle peut le régler sur une autre valeur.
- limitation suivant l'éfficacité
- Les personnes doivent être limitées sur la masse totale d'émotions émissibles. Cette limite est individuelle et dépend des statistiques à soutenir de bon projets. On définit les bons projets par ceux qui aboutissent à améliorer le bien commun à long terme.
- information
- Il y ait une information de l'état émotif global par rapport au projet. Cela permet, par exemple, de ne pas trop investir afin d'optimiser ses statistiques de succès car le succès d'un projet est partagé.
- gestion des oppositions
- Si le projet reçoit des émotions à la fois positives et négatives (comme enthousiasme et peur), alors les émotions en même quantité opposées se brûlent, et l'émotion finale est ce qu'il reste. Il parait donc avantageux que les protagonistes cherche à se comprendre pour éviter de gaspiller de leurs droits d'émission d'émotion.
- la sécurité
- La peur, garante de la sécurté, est prioritaire en psychologie animale, il parait donc logique que les personnes aient plus de droit d'émission d'émotion de peur que d'émotion positives. C'est un équivalent non binaire du principe du droit de véto ou de précaution.
- la rétribution
- Nous avons vu qu'il est nécessaire que les personnes soient connectées aux conséquences de leurs actions et le plus possible sur le même plan. Le fait d'attribuer plus ou moins de pouvoir émotif suivant l'éfficacité est déjà une rétribution sur le même plan. Insuffler des émotions collective implique un travail de réflexion pour être efficace. Il parait donc logique de fournir une rétribution matérielle pour les personnes efficaces. Par contre il ne faudrait pas rétribuer des personnes qui feraient aussi bien que le hasard (sinon il suffirait de programmer un ordinateur prenant des décisions au hasard pour gagner de l'argent). Il n'y aurait pas besoin de donner une amende aux personnes échouant car le pouvoir émotif commencerait par de faibles valeurs et donc la diminution suite à des échecs serait un retour négatif suffisant. Il pourrait être aussi envisageable (à réfléchir) que les personnes puissent afficher une validation officielle de leur capacité, ce serait l'équivalent actuel d'un signe de réussite sociale.
Comparaison avec notre société
- Du point de vue démocratique
- Nous avons l'idée importante que tout le monde participe aux décisions collectives (mais les jeunes sont exclus). Le fait de réduire la décision à un choix restreint de politiciens et à être quelques millions à accomplir le même acte de vote dilue les responsabilités et limite follement la liberté d'action. Le système d'émotions collective permet d'inclure tout le monde par une introduction douce (capacité réduite au début), ce qui permet aux personnes de s'exercer et d'augmenter leur puissance en fonction de leurs progrès. Comme il touche énormément de décisions, c'est un retour vers une connexion au réel.
- Sur l'efficacité des personnes
- Comme il n'y a pas l'effet boule de neige du capitalisme, on n'obtient pas le phénomène ou beaucoup doivent se démener pour peu de résultat tandis que les plus puissants ont trop peu de contrainte d'efficacité pour pouvoir s'améliorer. Au contraire, les rétributions étant réparties bien plus justement, cela pousse les personnes à s'améliorer car elles voient le fruit de leurs progrès.
- Sur la connexion à la société
- Le "mythe" de la connexion au groupe de type tribue n'est pas un mythe. De nombreux travaux valide cette affirmation, voir par exemple les travaux de Robin Dunbar, Bird-David, Richard Borshay Lee, David Sloan Wilson et Edward O. Wilson, John Bowlby et Mary Ainsworth. C'est une connexion qu'il fait mal de ne pas sentir. Dans nos sociétés on retrouve partiellement ces connexions. Avec un système d'émotions collective nous pouvons retrouver notre place en tant que personne et non plus dans des rôles tel que travailleur,consommateur,entrepreneur etc.
Études de cas
Pour simplifier ces études et éviter ainsi d'aborder toutes les problématiques liées à la prise de décsisions décentralisée on pourra ignorer certains aspects comme l'évaluation des actions et la rétribution des personnes.
Projet avorté de construction d'un pont
- Quelques personnes discutent et trouvent qu'avoir un pont entre les points A et B pourrait être bien. Elles décident de monter un projet dont l'action est l'étude de la construction de ce pont. Dans cette étude elles donnent leurs arguments expliquant pourquoi ce projet leur semble une bonne chose (pour le bien commun à long terme).
- La motivation qu'elles donnent au projet (par le système d'émotion collectif) permet de pousser les informations à son sujet sur un système d'actualité local.
- D'autres personnes viennent compléter les arguments mais aussi ajouter des émotions positives ou négatives au projet d'étude.
- Suite aux différents arguments cela conduit à ce que un bon nombre de personnes envoient une émotion négative et donc l'étude du pont ne pourra pas se faire.
Projet réussi de construction d'un pont
On reprend après le 3 de l'exemple précédent.
- Globalement les personnes envoient une émotion positive.
- Il y a assez d'énergie positive pour effectuer une étude. Les fonds sont débloqués et une équipe spécialisée dans ce domaine est engagée pour cette tâche.
- Une fois l'étude finie, elle montre que la construction du pont est une action favorable au bien commun à long terme. Un projet est alors créé de création du pont.
- De part la réputation des personnes ayant réalisé l'étude et des normes de qualité respectées par l'étude, des personnes investissent des émotions positives dans la construction. Ces personnes pensent que ce sera une réussite et qu'elles en tirerons les gains afférents.
- Comme il y a assez d'émotions positives (au regard des montants à dépenser), la construction est réalisée.
- Pendant et à la fin de la construction une évaluation est faite afin d'évaluer le bon déroulement, ce qui est le cas. Cela permet aux personnes ayant mis de l'énergie émotionnelles d'en retirer des récompenses.
- Au bout d'un an, puis régulièrement mais de moins en moins souvent l'évaluation est mise à jour. Les récompenses sont ajustées.
Nature des récompenses
La nature des récompenses est importante et demande une étude à part entière.
💡 Réponse